Il est temps d'inventer ce qui se passera après. Après le capitalisme.

Bienvenue dans la monde merveilleux du social biznes !

Les spécialistes de la finance ne sont pas plus cons que les écolos. Il y a un bout de temps qu’ils ont compris qu’on ne pouvait pas tabler sur une croissance infinie des profits dans un monde fini… Surtout quand l’humain solvable [en termes capitalistes, on dit un marché] a tendance à se faire rare. Maintenant qu’on a fini d’essorer les « classes moyennes », faut faire de l’argent ailleurs. Haro sur les pauvres !

(1) Forcément, la phrase est un peu expéditive… On lira à ce propos avec intérêt et délectation les écrits de Robert Castel (Les métamorphoses de la question sociale ou L’insécurité sociale).

Pendant très longtemps, à part la maréchaussée, l’indigent n’a intéressé personne (1). Pas totalement inutile, bien sûr, puisqu’il permettait à quelques âmes charitables de s’offrir, à bon prix, une place au paradis… Mais bon. C’est pas avec ça que tu fais grimper le PIB.
Puis un jour, on a découvert que les pauvres avaient plein de qualités. Déjà, ils sont vachement nombreux. En plus, il y a plein de pays où on a un peu honte de les laisser crever de faim, donc on est prêts à dépenser de l’argent public pour assurer, peu ou prou, leur survie. Enfin, il y a la pub. La communication. Et là, tous les coups sont permis : si on réussit à faire croire aux pauvres que eux aussi, ils pourraient profiter des merveilles de la consommation de masse, on peut les endetter…

Si toi aussi, tu veux te payer une Rolex tout en passant pour un philanthrope, voici quelques pistes d’enfer :

• L’ESS (l’économie sociale et solidaire) version « moderne », c’est à dire « entrepreneuriale ». Un terrain de prédilection pour faire passer dans le secteur marchand plein de trucs qui, jusqu’ici, étaient gratuits, pour récupérer le savoir-faire des associations, exploser les métiers du social, dézinguer les services publics et faire définitivement passer l’Etat pour un anachronisme désolant (tout en profitant de ses subsides).

♥  Bonus : C’est toi qui détermines, désormais, l’intérêt général !

(2) Postulat ? Dogme ? Le fait est qu’il faut d’y croire, car ça n’a jamais été démontré…

(3) On pourrait en raconter des choses sur le « sur ». Il y en a qui habitent sur Lyon, qui prospectent sur Paris et qui sont sur une vraie bonne nouvelle… Envie de se poser quelque part ? On ne saurait recommander la lecture de n’importe quel dictionnaire.

• L’investissement à impact socialOK, faut admettre qu’à la base, c’est un truc idéologique [beurk… mot totalement has been] puisque tout est fondé sur un simple postulat, comme quoi le privé fait toujours mieux et moins cher que le public (2). Mais là, tu est sur LE truc branché du moment (3) ! A l’avant-garde de l’avant-garde, les SIB (social impact bonds) : un outil financier qui te permettra d’obtenir des profits juteux sur des programmes sociaux. Testé à l’étranger, il arrive en France avec une nouvelle dénomination : le CIS (contrat à impact social). L’acronyme sonne mois bien, mais qu’on se rassure, l’impact est là, on est toujours dans la balistique.

♥  Bonus : Coup double ! Tu rejoins le cercle magique de l’innovation sociale et celui des grands philanthropes comme Goldman Sachs, Rockefeller ou Merrill Lynch.

• Le BOP (Bottom of the Pyramid). Ça date déjà un peu (l’affaire est théorisée dès les années 90), mais, heureusement pour toi, il n’y a pas grand monde qui soit au courant. L’idée, c’est d’arriver à se faire du fric avec le milliard d’individus vivant avec moins de 1,90 dollar par jour (4).

(4) Seuil d’extrême pauvreté (par personne et par jour) défini par la Banque mondiale en 2015.

Non, ce n’est pas un truc dégueulasse, puisque le gouvernement a même récemment commandé un rapport à ce sujet au spécialiste de la spécialité, Emmanuel Faber, directeur général délégué et vice-président du conseil d’administration de Danone qui a des super recettes pour « une nouvelle approche de l’aide au développement ».

♥  Bonus : Tu accèdes à de nouveaux marchés tout en bénéficiant de nouveaux financements (pris direct dans la poche du contribuable).

• L’économie collaborativeTon pépé, les histoires de collabos, ça avait tendance à lui faire sortir la pétoire… mais aujourd’hui, la collaboration, c’est furieusement tendance. On est bien d’accord, je ne te parle pas de joyeux hurluberlus qui mettent gratuitement des trucs en commun, histoire de vivre mieux en consommant moins – vade retro satanas, ça ne rapporte rien !

(5) Les « charges » [quelle horreur !] sont en fait un ensemble de cotisations sociales, celles qui te permettent de bénéficier de la Sécu, des allocations chômage ou d’autres vieilleries comme le droit à la formation, à  la retraite ou à l’aide au logement…

La nouvelle économie collaborative, elle, permet de marchandiser la totalité de ta vie privée : tu loues ta piaule sur internet, tu rentabilises le moindre trajet en bagnole grâce au covoiturage, tu invites des inconnus à dîner (pas gratos, bien sûr), tu mets à dispo ta perceuse (pas cher) ou ta nana (je m’égare…).

♥  Bonus : De la fraîche non imposable [Dieu merci, toutes les gentilles plate-formes impliquées s’arrangent pour ne rien déclarer], et, surtout pas de « charges »  (5).

(6) Une bonne pratique du franglais, tout comme celle de la langue de bois, est une condition sine qua non pour réussir dans l’ESS.

La liste n’est pas exhaustive, bien sûr… GOOD LUCK ! (6)

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