Il est temps d'inventer ce qui se passera après. Après le capitalisme.

Une leçon de patinage linguistique par Emmanuel Macron

Patinage
Pour défendre les Contrats à impact social, la version « à la française » des SIB lancée en mars par le gouvernement, tout est bon. Pour preuve, un court programme artistique signé Macron.

Le site du ministère des Finances s’est enrichi d’une rubrique spéciale « Contrats à impact social », avec des tas de jolis textes vantant les bienfaits de l’investissement à impact social. Que du sérieux, que du positif. Mortel. Mais, depuis le 26 avril, il y a aussi un chouette édito d’Emmanuel Macron – si, si, le ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique en personne, avec une photo de premier de la classe, juste ce qu’il faut de traviole pour attendrir tous les parents qui ont à la maison un ado en état permanent d’affaissement. Du coup, forcément, j’ai cliqué…

(1) La langue de bois, en beaucoup plus chic !

Et là, surprise. Un brillant exercice d’idolecte xylophile 1 ! Quelques morceaux choisis pour amateurs avertis :

« […] nous savons qu’il vaut mieux prévenir que guérir et que l’unique moyen de lutter contre les inégalités de destin, c’est d’intervenir en amont, avant qu’elles ne surgissent. »

(2) Acronyme de There is no alternative (Il n’y a pas d’alternative). La pensée unique, quoi.

Exercice de novlangue de haute tenue. Départ sur la sagesse populaire (un proverbe, ça ne mange pas de pain), enchaînement sur une affirmation définitive (la solution est « unique », merci, TINA 2), dérapage contrôlé (les « inégalités » percutent le « destin ») et la boucle est bouclée. Seule la fatalité est responsable des inégalités, ma brave dame. Y’a pas besoin d’avoir fait bac + 6, c’est frappé au coin du bons sens.

(3) Pour ce type de saut, la plupart des patineurs prennent appel du pied droit pour retomber sur le pied gauche. Le « spécial » est pratiqué à l’Elysée et à Matignon : même en partant de la gauche on atterrit invariablement à droite.

Après avoir brillamment placé son triple Axel spécial 3, Macron tente la pirouette avec, quelques lignes plus loin, une petite démonstration :
« L’économie et le social sont indissociables. Ils doivent avancer ensemble : ce qui est le plus efficace économiquement est presque toujours ce qui est le plus juste socialement. »

L’exercice est périlleux, mais pas tant que ça : là aussi, on part d’une affirmation indiscutable (impossible de dissocier, en effet, l’économie capitaliste des désastres sociaux qu’elle produit quotidiennement), on place la formule consensuelle toute faite, « avancer ensemble », pour arriver… à une loi « presque » juste, celle de la « main invisible du marché ».

Le final n’est pas tout à fait à la mesure l’exercice qui a précédé, mais bon…

« [les Contrats à impact social] seront source d’activité et d’emplois. Ils permettront à notre pays, surtout, d’inventer de nouvelles manières d’avancer sur le chemin du progrès social. »

(4) Théorie fumeuse selon laquelle les revenus des riches finissent par être réinjectés dans l’économie, contribuant ainsi à la croissance, donc à l’emploi autrement dit au bien-être de tous. En clair, il faut laisser les riches s’enrichir, c’est pour notre bien.

Métaphore classique pour parler du chômage sans utiliser le mot qui fâche, exécutée au son d’une musique cristalline : la « source » évite toute argumentation puisque, justement, ça coule de source. Les esthètes pourront même y trouver une fine allusion à la théorie du ruissellement 4. Après, le gars, il s’est un peu laissé aller. Parce que « inventer de nouvelles manières d’avancer sur le chemin du progrès social » au moment où, avec sa proposition de loi dictée par le Medef, il est juste en train d’essayer de nous ramener au XIXe siècle, ça fait forcément un bide.

La prochaine fois, Monsieur le ministre, pour votre programme libre, pour être raccord, mettez du Souchon. « On avance, on avance. C’est une évidence […] Faut pas qu’on réfléchisse ni qu’on pense. Il faut qu’on avance. »

FacebookTwitterPartager

Laisser un commentaire

Basic HTML is allowed. Your email address will not be published.

Subscribe to this comment feed via RSS