Il est temps d'inventer ce qui se passera après. Après le capitalisme.

Demain on bosse gratis !

Pierre Gattaz, prince des bénévoleurs…

Mieux que le « demi-smic » qu’il avait proposé en avril 2014 pour « les personnes très éloignées de l’emploi et pour les jeunes » (au moment même où il s’octroyait une augmentation de salaire de près de 30 % chez Radiall), Pierre Gattaz, le président du Medef, a déjà trouvé LA solution à la crise et au chômage : il suffit de faire travailler les gens sans les payer !

« Les clichés du passé comme ‘tout travail mérite salaire’ c’est dépassé, c’est ringard en temps de crise », avait-il expliqué dans un communiqué adressé à l’AFP en septembre 2014. Bon, c’est un peu passé inaperçu, vu qu’à l’époque, on était encore sous le choc de la mort de Rémi Fraysse et de la nomination du banquier Macron au gouvernement…

Relire ce texte, c’est un peu comme lancer une recherche en paternité pour la loi El Khomri… L’ADN ne ment pas ! Il faut « en finir avec notre modèle social, qui n’a déjà que trop vécu », y professe-il tout en rappelant qu’en France les salaires sont trop élevés par rapport à l’Ukraine, que la durée du temps de travail est peu concurrentielle face aux salariés du Bangladesh et que les jours fériés du mois de mai sont inutiles et ralentissent l’économie française.

(1) On ne saurait trop recommander à ce propos la lecture du petit guide Contre les bobards de la loi Travail édité par Attac et téléchargeable ici.

Haro sur le Code du travail donc. Aujourd’hui, la loi « Travaille ! » prévoit l’inversion de la hiérarchie des normes, ouvre grand le porte aux licenciements, réduit du paiement des heures supplémentaires, plafonne des dédommagements en cas de licenciement abusif, remet à zéro des acquis sociaux tous les cinq ans et contient encore des tas d’autres joyeusetés qu’il serait trop long d’énumérer 1

Et demain ? Que le citoyen se rassure, tout est déjà prévu. Demain, on bosse gratis ! « Beaucoup de sans-emploi attachent plus d’importance à la nécessité d’acquérir de l’expérience que celle de percevoir un salaire », professe-t-il. C’est vrai, ça. Le « sans-emploi », souvent « sans-dents », ça mange très peu. Donc il n’a pas vraiment besoin d’un salaire. Quelques paquets de pâtes au Restos du cœur et hop, l’affaire est réglée !

Et il n’y a pas que les chômeurs… d’après le patron des patrons, de nombreux salariés sont prêts à faire du bénévolat pour sauver leur entreprise. Hélas, de nombreux chefs d’entreprise n’osent pas franchir le pas « de peur d’être taxés d’esclavagistes ».

(2) Dans la note de réflexion éditée par Le Rameau en septembre 2012 et intitulée Pourquoi investir dans le secteur associatif, on découvre la raison de l’amour soudain des entreprises pour les associations où  « 50 % de la ressource humaine est bénévole »…

Les cons ! S’ils investissaient massivement dans les structures associatives, comme le recommande depuis des années Le Rameau (la branche « assoc » du Medef), ils pourraient non seulement bénéficier d’une bonne tranche de travail gratuit2, mais, en plus, ils passeraient pour des humanistes… Le tout, au nom de l’innovation sociale. Ça, c’est moderne, non ?

 

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